1 rêve, 9 mois de préparation, 284 jours, 40 semaines et demi, 14 pays, 4 continents, 3 langues parlées, 8 langages différents pour les formules de politesse, 41 avions (15 compagnies), 93 heures de vol, 70 atterrissages et décollages, 279 heures (de bus et de trains), 150 heures (de taxi, rickshaw, jeep, calèche, pousse-pousse, van, 4X4), 39 heures (de bateaux ou pirogues), 17 h à dos de : (chameaux, éléphants, yacks, mules et chevaux), 3 snorking au milieu de 10 requins et raies, 2194 km parcourus en Nouvelle Zélande, 40 tampons de passeports, 4 visas, 13 monnaies différentes, plus de 8300 photos (dont 4373 sur le site), 167 récits, 9 engueulades, 95 lits différents (dont 3 nuits en aéroports, 10 nuits en bus, 1 nuit en train), 1 nuit dans le désert et 3 nuits dans la jungle), 7 boites d'Imodium, 1 morsure de serpent, 4 intox alimentaires, 1 bouteille de synthol, 5 vaccins et 1 conclusion...
Arrive le jour du retour, cette date du 22 août, que nous avons si souvent évoquée tout au long de ce voyage. Je me souviens de mes envies de Kebab ou de raclettes, avec Cyril qui me répondait : "plus que 6 mois, plus que 2 mois, plus que deux jours...".
Le jour du Kebab est arrivé et voilà, ce voyage est terminé, nous sommes de retour.
J'ai longuement hésité à être franche sur une partie de ma conclusion, au risque de choquer certaines personnes, et au final, j'ai décidé pour moi - même, pour mon père, et pour la franchise que je dois envers mes amis, d'évoquer, une de ces nombreuses raisons qui m'ont poussée à partir.
Je crois de toute façon, avec un peu de recul, que l'on ne part pas au départ, pour les raisons que l'on pensent connaître ou les bonnes raisons.
Au final, même si l'on tente de se persuader du contraire, le voyage est une fuite, cela est un fait. Nous partons avec plein de questions et nous revenons sans aucune réponse et avec bien plus de questions dans nos bagages.
J'ai voulu réaliser ce voyage, parce que c'est un rêve que j'ai depuis l'âge de 13ans, parce que je suis curieuse et que j'aime apprendre des choses en les vivant.
Je souhaitais me prouver aussi que j'étais capable de m'en sortir, d'avoir des conditions de vie pas toujours faciles pour me battre et relever la tête sans jamais me décourager, quelque soit les situations.
Parfois, lorsque c'était dur, ou que nous devions marcher des kilomètres ou des côtes en altitude, je pensais au combat de mon père, et je dépassais ma peur ou la souffrance, en faisant comme lui, en ne baissant jamais les bras.
C' était aussi une façon de voir de quoi nous étions capables avec Cyril, aussi bien sur un plan relationnel que sur un plan personnel, il s'agit en plus, dans cette expérience, d'apprendre à se connaître soit même.
Après, je pense que la majeure partie d'entre nous a des rêves et qu'ils ne les réalisent pas forcément, et parfois je serais tenter de dire tant mieux. Sans doute par la peur de l'après ou tout simplement parce que le moment de le réaliser ne s'est jamais présenté...
Pour ma part, ce voyage me permettait de m'évader de deux années passées, que je souhaitais surmonter, ou dépasser.
Nous avons traversé beaucoup de pays pauvres ou très pauvres, peu développés ou en voie de développement.
Je pensais, d'une façon très égoïste, qu'à travers tout ce désarroi, cette misère, l'indifférence, la maladie et la mort (côtoyé au quotidien dans certains pays), et le sourire de ces gens, qui n'ont que cela comme richesse, et bien au final ou au cours de ce voyage, que cela m'en mettrait plein la figure.
Je voulais que ces images me fassent oublier la souffrance de mon père, la mienne et de réaliser,au final, que je ne suis pas seul à souffrir, et qu'il n'y a pas que ma tristesse.
Je sais, que c'est très égoïste, mais seules les personnes ayant vécu la même chose pourrait sans doute le comprendre. Je réalise très bien qu'il n'y a sans doute pas besoin d'un voyage comme celui ci pour voir la tristesse, la précarité ou le désarroi, dans nos rues ou dans notre société.
Mais j'avais besoin d'un tout, de me battre, de galérer, de découvrir, de m'épanouir, d'oublier, de vivre à fond pour lui et pour moi, je voyais ce voyage comme une lutte et comme une fuite.
Finalement, aucune des images de notre quotidien, même si cela nous a marqué ou que cela était dur, n'a pu dépasser ma peine ou chasser les mauvaises images que je souhaitais laisser derrière moi.
Une chose est sûre, c'est que l'on part pour des raisons qui ne sont pas les bonnes mais qui vous ouvrent au final un chemin inattendu, différent pour chacun, car cela dépend malgré tout de sa personnalité, mais qui je pense nous changera à jamais.
Et puis il y a le retour.
On retrouve la famille et les amis, les petits plaisirs que l'on apprécie 10 fois plus.
Je crois que nous relativisons beaucoup plus, que nous sommes plus objectifs, et nous avons sans doute acquis peut-être un peu plus de maturité, mais surtout nous réalisons, nous comprenons et nous voyons des choses, que nous ne pouvions comprendre ou voir avant ce voyage. Nous avons compris que nous étions aveugles et que depuis notre retour, enfin, nous voyons...
Je crois que c'est la meilleure chose qu'ait pu nous offrir ce voyage en plus des bons souvenirs.
Ensuite vient la routine, le boulot, la vie de fou, la société de surconsommation, avec le sentiment d'avoir fait quelque chose, non pas d'irréalisable, ni d'aventurier, mais avec celui d'avoir fait tout simplement, quelque chose de marquant avec la certitude qu'il y aura désormais un avant et un après.
On revient avec l'espoir d'avoir fait un peu plus que simplement voir passer sa vie sans avoir le temps de dire stop, mais avec la lucidité de n'avoir pas suffisamment creusé, peut-être par manque de temps, peut-être pour garder quelques illusions, peut-être aussi parce qu'il est agréable de butiner et tout simplement parce qu'il n'y a que 24h dans une journée !
Nous sommes revenus avec toute cette dualité et ces doutes qui nous ont accompagnés du début à la fin, avec une vision et une leçon de vie inspirée d'une autre partie de l'humanité, qui pour nous n'a duré que 10 mois, alors qu'eux, le vivent au quotidien dans des conditions moyen-ageuses . Leurs conditions de vie sont dures, il n'y pas de place pour rêver, pas de conscience du lendemain, ils vivent au jour le jour, sans confort, sans rêve et sans espoir.
Et pourtant, nous repartons avec une idée d'avenir optimiste...Sans doute grâce à leur combat, leur innocence, leurs sourires et par la force incroyable de toutes ces femmes rencontrées.
On nous demande souvent " quel pays avez-vous préféré ? "
Je crois qu'il est très difficile de répondre à cela, nous avons aimé tous les pays découverts.
Disons que le plus surprenant pour tous les deux reste la Birmanie, pays si peu connu, magnifique et déroutant.
L'Inde aura était le pays le plus marquant et le plus dur. Il représente à lui seul tous les aspects contradictoires. On le déteste puis on l'aime.
Le pays qui nous a le plus surpris et que nous n'imaginions pas aussi riche en terme de traditions conservées et en diversité de paysages, reste la Bolivie.
Tout était enrichissant, tout était surprenant et différent.
Je ne pourrai oublier :
- ce magnifique lever de soleil sur un champ de temples birmans après s'y être rendu en calèche
- Notre nouvel an avec le peuple Meo dans le nord de la Thaïlande et lorsque je me suis promenée à dos d'éléphant
- La nuit glaciale, à la belle étoile, couchés dans le sable du désert du Thar au Rajasthan, entre Cyril et mon chameau qui a mâchouillé toute la nuit
- La vision du lac sacré et gelé du Sikkim, sur le dos d'un yack
- La rencontre du Dalaï lama sous l'arbre de Bouddha et l invitation des moines dans un temple pendant les cours et les prières
- Le nouvel an tibétain au Népal, avec une foule ordonnée et respectueuse, habillée de costumes traditionnels et parée de leur plus beaux bijoux
- Les buildings illuminés d'Hong kong et l accueil de nos Amis
- Le trek sous une pluie diluvienne dans les rizières à Bali
- La marche sur le glacier en Nouvelle Zélande, et la notion de liberté que nous avons pu éprouver dans toute l'île du sud
- Voir Cyril au milieu des raies et des requins, et surtout sa joie lorsqu'il a vu sa première murène à Moorea
- Les Moais face au lagon
- Les glaciers, sans parler des fous rires sur une plage près des icebergs avec le vent qui nous emportait, nous nous prenions pour Tintin entrain de marcher sur la lune...
- Les geysers lunaires à 5000m, sous - 20° au Chili à 4h du matin et les flamants roses dans les lagunes gelées au coucher du soleil
- Le désert de sel avec ses jardins de cactus, la pèche aux Piranhas, le peuple de Bolivie, et l'île du soleil au lac Titicaca
- Ma première vision du Machu Picchu et le sommet du Huayana Picchu, sans parler des manifestations
- Le passage de la frontière équatorienne, les marchés, le volcan et le double arc en ciel...
- Les longues marches tout au long de ce voyage où Cyril me chantait du Claude François pour me faire rire ou passer le temps, ou alors des créations de jeux de mots que nous faisions pendant les longues heures de bus...
Oui, nous sommes partis tous les deux nous connaissant à peine, et nous avons vécu 24 heures sur 24 ensemble pendant 280 jours...
Bien entendu, malgré la patience de Cyril et mon impatience, ce serait vous mentir de vous dire qu'il n'y a pas eu de conflits.
Mais à présent, je crois que nous nous connaissons sans doute mieux que des personnes qui vivent ensemble depuis des années...
Je sais qu'il compte faire d'autre voyage, puisque cette fois, c'est à deux que nous avons choisi de rêver à de nouveaux projets et de nouvelles destinations...
Si un couple peut résister à un voyage comme celui - ci, où il y a finalement peu d'intimité, de solitude, de séduction (vêtement de baroudeurs tous les jours, pas de parfum, parfois pas de douche pendant 4 jours, pas de maquillage et les cheveux en vrac...), alors ce couple pourra tout combattre...
Nous savons qu'il y aura toujours entre nous, quoiqu'il arrive, ce partage de toutes nos émotions, nos secrets, nos craintes et nos envies.
Qu'est-ce qu 'il aura pu me faire rire...
Mais je retiendrai surtout trois choses sur Cyril
Son courage, sa gentillesse, (toujours entrain de veiller sur moi) et sa motivation pour tout...
Je vois, depuis quelques mois et surtout depuis notre retour, en lui, quelqu'un sûr de lui et qui croit davantage en ses rêves..
Voilà la magie du voyage...
Ce tour du monde se termine à Tours (pour le moment) et sur un petit tour sur soi - même...
A qui le tour ?
Vous pouvez m'envoyer vos commentaires sur ce dernier article ou une conclusion de votre part, que je mettrais à la suite de ce texte, toutes vos remarques seront les bien venues. Envoyez - les moi sur prisckaa@gmail.com
Encore merci pour vos mots, votre suivi tout au long de ce voyage, ainsi que vos avis et des discussions que nous avons pu avoir avec vous tous, de vive voix, depuis notre retour.
Des projets, encore et toujours :
Une conférence en Février avec une promesse de don pour la recherche sur le Cancer
Un projet de partenariat avec HSBC pour Noël
Un voyage à préparer dans quelque temps vers le Tibet, la Mongolie, le Népal (Pokhara), la Chine (sa muraille), le Japon (mont Fuji), l'Inde (le Ladakh) et si nous avons le temps le Laos.
Un voyage glacé, entre Icelande, Antarctique, Alaska et Groenland
Un voyage Olé olé, entre Brésil, Colombie, Panama, Guatemala, Cuba et Mexique.
Et un souhait, un voyage découverte du Niger et de la Namibie
Et peut - être plus dans l'immédiat, la marche de St jacques de Compostelle.
Vous voyez, il n'y a rien de terminé, cela ne fait que commencer...
COMMENTAIRES RECUS
DE JULIE:
Ma belle,
De retour à paris, après un mois de vacances, en ce lundi matin
plutôt déprimant d'avant rentrée, je décide de lire les derniers
carnet que j'ai raté à cause de la mauvaise connections internet
varoise...
Je viens donc de finir de lire le dernier carnet et pour tout te dire
et avec un peu de honte, je pleurniche comme une gamine, c'est pas
les chutes victoria ni le Niagara, mais c'est plutot celle d'Iguazu.
Bravo ma belle, bravo pour ce texte expiatoire, bravo pour cette
aventure, bravo pour le rêve réalisé et bravo à tous les deux pour
comme tu le dis si bien avoir partagé tout cela, vous ne l'oublierez
jamais j'en suis sure et surtout effectivement vous ne vous oublierez
jamais l'un l'autre.
Je t'admire d'avoir reussi à outrepasser le cadre banal d'une vie
pour réaliser ton reve d'ado, d'avoir dépasser tes limites sans doute
pour ton salut personnel mais aussi et surtout pour ton accomplissement.
Je te sens encore plus forte, plus sure de toi, ta vie va dorénavent
être différente, je le sais et je sais que tu le sais.
Et je suis fière que tu ai reussi à conclure les carnets avec autant
de franchise, de lucidité, tout ces mots exprimés et écrits t'ont je
pense libéré d'un poids, et c'est la plus belle conclusion que je
pouvais te souhaiter.
Voilà c'est quelques mots pour te dire mon admiration, mon amour et
mon émotion.
Et puis pour dire à Cyrill qui s'exprime beaucoup moins que toi et
que je connais aussi beaucoup moins, à quel point je le remercie de
t'avoir accompagné , épauler et soutenue tout au long de ce voyage.
Et surtout je suis si contente que celui qui n'avait jamais pris
l'avion, ai partagé ton rêve, lui et personne d'autre, maintenant tu
sais à quel point tu peux compter sur lui et à quel point votre
destin est lié.
Et puis pour conclure, te dire que je sais que la haut quelque part
sur une étoile ou ailleurs, il y en a un qui doit être sacrement fier
de toi (et encore le mot est faible) et qui peut être en paix
maintenant qu'il sait à quel point sa fille est forte.
Avec tout mon amour et mes éternels remerciements pour nous avoir
fait partagé tout cela.
10 mois de baisers en retard,
Jul
DE PETER
Dear Priscilla,
your conclusion is simply breathtaking,great writing skills as well.
Thanks for sharing your emotions and I am so glad to read that "CELA NE FAIT QUE COMMENCER".
All the best to both of you and do come and visit me in the Provence,both of you,any time soon.
Take care and good luck with readapting to life in France...
Pete.
D'INGRID
Salut,
Je viens de lire ta conclusion sur ton tour du monde...
Bonne, tres bonne analyse...
Nous sommes actuellement en tour du monde depuis maintenant 8 mois passes et il nous en reste encore environ 7.
etant dans une passe un peu difficile, j'essai de trouvrer, sur differents sites le ressenti des gens qui partent en voyage comme nous mais c'est hallucinant, personne ne dit rien ou n'ose rien dire...je ne sais pas.
Juste pour te dire que ton texte m'a beaucoup emu et a pu m'apporter, enfin, qqs reponses a mes questions...
Merci
Ingrid
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